15 ans après, retour sur le Championnat du Monde 2001 en France

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15 février 2016

En janvier 2001, la France organisait le Championnat du Monde de handball masculin, qu’elle allait remporter à l’issue d’une finale mythique contre la Suède. Quinze ans après, ce Mondial a laissé une trace indélébile dans la mémoire de ceux qui l’ont vécu, en tant qu’acteur ou que spectateur.

C’est ce qu’on appelle un instant d’éternité. 4 février 2001, en finale du Championnat du Monde de handball, la France affronte la Suède, tenante du titre, au Palais Omnisport de Paris-Bercy. Il reste moins de 20 secondes à jouer, et les Suédois viennent de prendre l’avantage (22-21) grâce à un but de Stefan Lövgren. La France a besoin d’un sauveur, d’un héros. Grégory Anquetil sera celui-là.

Servi par Joël Abati, l’ailier droit montpelliérain ne se pose pas de question, accélère, s’élève, tire… et égalise à dix secondes de la fin ! Quelques minutes plus tard, les Bleus l’emportent en prolongation (28-25). Cette incroyable égalisation est sans doute le moment le plus marquant du Championnat du Monde 2001, mais il serait dommage, et injuste, de réduire ce Mondial à ces quelques secondes.

Une fête populaire

Avant 2001, la France avait déjà organisé le Championnat du Monde de handball masculin en 1970. Si l’évènement avait tout de même rassemblé un total de 100.000 spectateurs (dans 25 villes différentes), il s’agissait d’une toute autre époque, où le handball restait confidentiel en France. En 2001, à l’inverse, le handball tricolore, porté par les récents exploits des Bleus (3ème des JO 1992 et Champions du Monde 1995), est en plein essor. Et ce Mondial organisé en France doit permettre de franchir un cap. « C’était la première fois que la France organisait vraiment une compétition majeure, donc il y avait une grosse attente, se remémore Nicolas Chardon, rédacteur en chef du site Handnews.fr, qui travaillait à l’époque pour la Fédération Française de handball. Et il y a eu une vraie ferveur, il s’est passé des choses… »

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Cette ferveur, les joueurs de l’Équipe de France la ressentent dès leur entrée dans la compétition, le 23 janvier à Nantes contre l’Algérie. « J’ai rarement eu autant d’émotions sur une Marseillaise, raconte Bruno Martini, le gardien titulaire de cette Équipe de France. Elle avait été reprise par tout le Palais des Sports, et c’était vraiment très fort. Ça nous a vraiment lancé dans la compétition. » L’histoire d’amour entre les Bleus et leur public se poursuit durant toute la phase de groupe à Nantes, puis en huitièmes et en quarts à Albertville, avant de finir en apothéose à Paris-Bercy pour la demi-finale et la finale. « On a battu un record qui est passé pratiquement inaperçu : celui du nombre de décibels, se souvient Daniel Costantini, sélectionneur des Bleus à l’époque. Le Palais des sports de Bercy avec ses 13500 spectateurs n’avait jamais autant tremblé et vibré : pas même pour le concert des plus grandes vedettes internationales. »

Un acte fondateur

Ce public passionné et survolté a sans aucun doute joué un rôle dans le parcours parfois miraculeux des Bleus. En quarts de finale, l’Équipe de France est ainsi au bord de l’élimination, menée d’un but par l’Allemagne à quelques secondes de la fin, lorsque Jackson Richardson surgit pour arracher la prolongation, dont la France sortira vainqueur par KO (26-23). Après une demi-finale à peine plus tranquille contre l’Egypte (24-21), l’histoire se répète donc en finale contre l’ogre suédois. En effet, la Suède de l’époque, emmenée par le légendaire Magnus Wislander, est un peu l’équivalent de l’Équipe de France actuelle. Championne d’Europe en 1998 et 2000, Championne du Monde en 1999, médaillée d’argent aux JO de Sydney, elle n’est ni plus ni moins que la référence absolue du moment.

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Quand Lövgren inscrit le but du 22-21, à 20 secondes de la sirène, tout le monde en est donc convaincu : la logique va de nouveau être respectée. « On s’était déjà fait à l’idée de gagner la médaille d’argent », confirme Didier Dinart. Et puis vient ce « moment magique, un peu en dehors du temps, au moment où on pense que tout est terminé, qu’on va perdre cette finale », comme le raconte joliment Guillaume Gille. Avec ce « but venu d’ailleurs », selon l’expression de l’aîné des frères Gille, cette soirée parisienne bascule dans la légende. Et pourtant, ce but, de l’aveu même de Grégory Anquetil, « n’aurait pas dû être marqué si les Suédois avaient été un peu malins ou plus vigilants ». Mais c’est le propre du handball de repousser les limites du possible. Et c’est bien ce qui s’est produit ce 4 février 2001, dans le bouillant POPB, ce même POPB qui, rénové et devenu AccorHotels Arena, accueillera de nombreuses rencontres du Championnat du Monde 2017 (dont le match d’ouverture et la finale).

Pour le handball tricolore, ce 2ème titre de Champions du Monde, six ans après le premier, va annoncer une période exceptionnelle. « Le but d’Anquetil et tout ce qui suit, ça fait partie des éléments fondateurs du handball français », explique Nicolas Chardon. Si les Bleus devront attendre cinq ans et l’Euro 2006 pour ouvrir la période bénie des Experts, plusieurs membres de cette génération dorée (Omeyer, Dinart, Narcisse, les frères Gille) étaient déjà là en 2001, et ont été profondément marqués par ce Mondial en France. En 2017, deux d’entre eux (Omeyer et Narcisse) auront l’occasion de boucler la boucle en jouant un nouveau Championnat du Monde à domicile. Un Mondial qui aura forcément pour objectif, seize ans après la réussite de 2001, de faire encore mieux à tous les niveaux, pour faire franchir un nouveau palier au handball français…

Crédits photos : Stéphane Pillaud, Sportissimo

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