Claude Onesta : « Un moment fabuleux »

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4 octobre 2016

A désormais moins de 100 jours de France-Brésil, match d’ouverture du Championnat du monde 2017, Claude Onesta se projette sur la fête du handball à venir dans l’Hexagone, tout en évoquant son nouveau rôle de manager général de l’équipe de France.

Sentez-vous l’effervescence monter autour de ce Championnat du monde qui débute dans maintenant moins de 100 jours ?

Nous sommes proches de ce qui se réalise autour du Championnat du monde, donc nous savons tout le travail qui est déjà mis en œuvre par le Comité d’Organisation. Il y a notamment ce fameux roadshow qui a parcouru le pays et a créé de l’animation partout. Il y a vraiment des endroits où les choses sont devenues très actives et où la mobilisation a été générale. On a, dans le staff de l’équipe de France, l’un de ceux qui sont arrivés en haut du Mont-Blanc (Guillaume Gille, membre de la cordée de l’Ascension phénoménale, ndlr), c’est un truc merveilleux pour de pauvres handballeurs, une performance majeure (sourire).

Et au sein de l’équipe de France ?

Nous, on travaille sur la faisabilité, sur l’organisation, donc tout ce qui se passe autour du Championnat du monde est essentiel pour nous. Pour les joueurs, c’est évident qu’ils le gardent dans un coin de leur tête, mais ils ont tellement de choses à réaliser d’ici-là, qu’ils ne sont pas encore vraiment préoccupés par le Championnat du monde. Les choses sont en train de s’organiser. La pression va s’exercer au fil du temps, et petit à petit, ça va devenir un objectif majeur.

A vos yeux, que représente un Championnat du monde à domicile ?

Je suis arrivé au poste de sélectionneur juste après le dernier Championnat du monde organisé en France, en 2001. J’ai eu la chance à l’époque d’être directeur de site et je sais ce que cela génère comme énergie, comme passion… C’est un moment fabuleux, même pour ceux qui l’organisent. Dans les territoires qui vont l’organiser, je peux vous assurer que les jeunes (et les moins jeunes) seront gonflés à bloc. C’est une énergie qui permet de recharger toutes les batteries de tous les dirigeants de clubs pour les dix années qui suivent ! Donc c’est un événement exceptionnel bien au delà des matches qui vont se jouer.

« On se souvient tous de la finale de Bercy en 2001 »

Pour que la fête soit vraiment réussie, il faut que les Bleus aillent au bout ?

Quand l’équipe de France vient participer à cette fête et la rend merveilleuse, c’est encore plus beau… Je crois qu’on se souvient tous de la finale de Bercy en 2001, mais quel que soit le résultat de l’équipe de France, ça va être un moment de passion pour notre sport, un moment d’éclairage magnifique. Nous qui allons vivre ça au cœur de l’événement, nous allons osciller entre le moment merveilleux que tout le monde traverse et les contraintes que ça va générer de manière spécifique.

Comment allez-vous gérer cette situation ?

Nous allons essayer de bien naviguer, c’est-à-dire de ne pas se couper de tout, de ne pas devenir imperméables à tout ce qui se passe autour de nous, et, d’une autre façon, de ne pas se laisser dévorer ou paralyser par toute cette pression qui s’exerce. Mais on va aussi, je l’espère, prendre le plaisir de vivre ce moment-là pleinement. Je crois que ça va être un moment merveilleux pour les handballeurs, mais aussi pour tous ceux qui vont venir s’associer à nous dans ce moment festif.

D’un point de vue personnel, ce sera votre première compétition dans votre nouveau rôle de manager général. En quoi cela va-t-il consister ?

Je vais prendre de la distance avec le terrain, et laisser de l’espace à Didier Dinart et Guillaume Gille. Ce n’est franchement pas une punition, je le vis même avec beaucoup de plaisir et de soulagement. Je vais me préoccuper beaucoup plus de l’environnement autour de l’équipe de France, dans ce Championnat du monde à domicile qui va amener certaines contraintes spécifiques.

« Ne pas oser prendre de risques, c’est la garantie d’aller à l’échec »

Quelles prérogatives conservez-vous sur le plan sportif ?

Je reste associé au choix des joueurs, à la constitution de l’équipe. Je libère le terrain pour Didier et Guillaume, mais j’ai pratiquement 400 matchs à la tête de l’équipe de France et, de temps en temps, ce que j’arrive encore à voir et comprendre du handball peut leur être utile (sourire). Donc je n’hésiterai pas, à chaque fois que je verrai quelque chose, à leur faire partager, mais ils auront toute liberté de l’utiliser ou pas. J’aurai une autorité sur l’ensemble et je veillerai à ce que tous les paramètres soient réunis pour le bon fonctionnement de cette équipe.

Comment cela va-t-il se traduire, concrètement ?

Mon rôle, désormais, c’est de garder le cap. Si j’ai le sentiment qu’une dérive peut être susceptible d’amener des contraintes et que les choses ne vont pas dans la bonne direction, je n’hésiterai pas à exercer mon autorité. Je dois assumer la responsabilité de ce projet. Je sais pertinemment que si, à terme, ça ne fonctionne pas bien, c’est à moi qu’on viendra en faire le reproche. C’est aussi mon rôle de protéger Didier et Guillaume. On se connaît depuis longtemps, on a livré quelques batailles ensemble, tous les trois. Je suis persuadé que l’on va arriver à faire ce que l’on veut faire.

Ce changement ne représente-t-il pas un risque, à quelques mois du Championnat du monde à domicile ?

Le sport de haut niveau, tout compte fait, c’est le domaine où le manque de prise de risques est la meilleure façon d’échouer. On ne prend pas des risques par plaisir, mais par contre, ne pas oser prendre de risques, c’est la garantie d’aller à l’échec. Aujourd’hui, on n’a pas les garanties de la réussite – qui est capable de les avoir ? -, mais la raison de cette évolution, c’est qu’elle nous paraît nécessaire et que ça nous paraît être le bon moment. Il y a un risque à le faire maintenant, bien sûr, mais l’analyse du risque, c’est notre quotidien.

Crédit Photo : S. Pillaud/FFHandball

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