Culture hand : Hugo Lloris

Lloris

8 décembre 2016

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Jusqu’au coup d’envoi de la compétition, nous donnons la parole à une personnalité, sportive ou autre, qui nous parle de son rapport au handball et évoque le Championnat du monde 2017. Place à Hugo Lloris, capitaine de l’équipe de France de foot qui a joué et gagné mercredi en Ligue des champions avec son club de Tottenham face au CSKA Moscou (3-1).

Hugo, avez-vous déjà joué au hand ?

Oui, pendant ma scolarité, nous avions des cycles trimestriels, certains consacrés au hand. Cela n’avait évidemment rien à voir avec le hand professionnel qui est beaucoup plus physique, mais cela m’a permis d’apprendre les règles et les bases de ce sport, et de goûter au plaisir d’y jouer.

Jouiez-vous gardien ?

Non, dans le champ, mais très vite, j’ai eu cette envie de comparer un peu la position et le rôle du gardien de but en foot et en hand. J’ai eu la chance de rencontrer Thierry Omeyer et d’échanger sur les différences du poste, c’était très intéressant.

Et quelles sont-elles ?

Il y a finalement plus de similitudes que de différences : un gardien de hand est plus sollicité en hand qu’en foot et il n’a pas forcément le besoin de plonger puisque la cage est beaucoup plus petite, mais c’est tout autant physique, à base de réflexes, il faut savoir se servir de ses pieds et de ses mains, prendre le maximum de place dans le but… Et la responsabilité est la même : on est là pour être décisif.

Auriez-vous fait un bon joueur de hand ?

Je ne sais pas, avec mon 1,88 m et mes 80 kg, ça aurait été difficile de m’imposer dans ce sport où le physique est très important, tous les joueurs sont très costauds et puissants, c’est assez difficile pour moi de m’imaginer en tant que handballeur.

Trois mots pour définir le hand ?

Gagner, gagner, gagner ! Le hand est le sport français le plus titré, j’ai beaucoup de respect pour ces athlètes qui ont cette faculté à travers les années à se remettre en question malgré tous les titres engrangés. C’est une des rares équipes de France à assumer en permanence ce statut de favori, les joueurs ont le caractère et la personnalité de tout le temps se remettre en question pour gagner.

Un souvenir ?

Je me souviens de la finale mondiale gagnée face à la Croatie chez elle (2009), dans une salle bouillante. Tout était contre cette équipe de France qui avait été énorme en dégageant une force extraordinaire.

Un mot sur Thierry Omeyer que vous avez rencontré ?

Thierry, c’est la régularité au plus haut niveau, c’est encore un très grand joueur aujourd’hui, je suis impressionné par sa faculté à garder ce niveau pendant de si  nombreuses années. Pour moi, il n’y a pas de secret, s’il en est là, c’est qu’il doit être un grand bosseur. Et derrière un grand joueur se cache toujours un grand homme, c’est ce que j’ai découvert en le rencontrant.

Quel est pour vous le joueur le plus phénoménal de cette équipe de France ?

En plus de Thierry, je dirais Nikola Karabatic pour l’ensemble de sa carrière également. Lui aussi, c’est impressionnant de le voir rester à ce niveau pendant des années, cela demande beaucoup de talent, mais aussi d’efforts, de remises en question. Pour tout jeune handballeur, lui et Thierry restent des exemples à suivre.

Vous avez joué récemment l’Euro 2016 à domicile, cela ajoute-t-il de la pression ?

Ça rajoute forcément de la pression supplémentaire, dans la mesure où on a le souci de bien faire, de donner du plaisir à tous les Français, aux supporters qui viennent nous soutenir dans les stades. Pour ce qui est du hand, les Bleus ont tellement eu l’habitude de gagner que les gens espèrent les voir gagner encore, qui plus est à domicile, mais il y a tellement de grands joueurs dans cette équipe que je suis sûr qu’ils répondront présent.

Cette pression est-elle positive ou négative ?

Nous, durant l’Euro, même si nous avons été un peu inhibés au début, nous avons su peu à peu transformer cette pression en ondes positives, ça nous a permis de nous transcender, de repousser nos limites face à de très bons adversaires et d’atteindre la finale. Il a manqué la dernière marche, mais cela reste un grand souvenir de partage avec mes coéquipiers et tous les Français.

Quels sont les éventuels pièges à éviter lorsque l’on joue une telle compétition à domicile ?

L’essentiel est de parvenir à davantage se concentrer sur soi-même que sur les adversaires. Ce genre de compétition se joue sur des détails, la concentration est un élément primordial.

Quel message un capitaine délivre-t-il avant le premier match ?

C’est important de mettre en avant la notion de collectif. Pour réussir, il faut oser, aller provoquer la réussite, mais cela ne se fait pas tout seul : il ne faut pas attendre exploit individuel, il faut que les résultats viennent du collectif. C’est après, quand l’équipe se sent forte et en confiance, que les individualités ressortent, on a vu ça chez nous, j’espère que ce sera pareil pour les handballeurs.

Comment gérer ce premier match ?

C’est compliqué. De notre côté, malgré notre envie de vouloir bien faire, cela ne s’est pas passé exactement comme nous l’avions souhaité, nous avons connu un début un peu poussif même si le scénario a finalement été favorable (victoire 2-1), ce qui nous a permis de nous lâcher et de lancer notre compétition. Ce premier match est essentiel pour la confiance. Après, on a déjà vu par le passé des équipes commencer par une défaite et remporter l’épreuve, je pense à l’Espagne lors de la Coupe du monde 2010, qui est parvenue à redresser la barre pour gagner la Coupe du monde. Il n’y a pas forcément de vérité, mais c’est quand même se rendre les choses plus faciles de débuter par une victoire.

Quels conseils donneriez-vous aux Experts ?

Je n’ai pas forcément de conseils à leur donner, ce sont tous de très grands champions qui ont l’habitude de gagner, que ce soit l’Euro, le Championnat du monde ou les Jeux Olympiques. Je pense que leur défaite en finale des JO de Rio a certainement eu du mal à passer, puisqu’ils étaient supérieurs à cette équipe du Danemark, je suis sûr qu’en grands compétiteurs, ils vont répondre présent et j’espère qu’ils seront champions du monde. En tout cas, l’équipe de France de foot sera derrière l’équipe de France de hand, à eux de mettre l’énergie sur le terrain pour que tous les Français les suivent.