Entretien avec Didier Dinart et Guillaume Gille : “Le chemin est tortueux, complexe”

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5 janvier 2017

Didier Dinart et Guillaume Gille ont tout gagné avec les Bleus, à commencer par le titre mondial de 2001, à Bercy. De nouveau réunis, cette fois sur le banc, les deux entraîneurs de l’équipe de France se confient, eux qui s’apprêtent à débuter le Championnat du monde 2017 à la maison.

Vous êtes tous les deux devenus champions du monde en 2001, à Bercy. Ressentez-vous une émotion spéciale au moment de disputer un nouveau Championnat du monde en France, cette fois sur le banc ?
Guillaume Gille
: C’est un événement qui a une couleur particulière quand on a eu la chance d’avoir vécu ces émotions et de les avoir partagées avec le public français pendant le Championnat du monde 2001. Cela avait été un moment très fort pour cette équipe et cette génération.
Didier Dinart : Hormis le fait de jouer en France, c’est quand même l’ampleur de l’événement… L’équipe de France, depuis 2001, a vraiment changé de statut. C’est devenu un sanctuaire, une référence au niveau mondial. Et on se rend compte aujourd’hui que toute médaille en-dessous de la médaille d’or est devenue synonyme d’échec. C’est bien, dans le sens où cela veut dire que l’on a vraiment pris une certaine dimension. Mais ce qui est moins bien, c’est que l’on a tellement habitué les gens à gagner que, maintenant, tout ce qui est en-dessous n’est plus forcément très appréciable. Et je ne parle pas pour l’équipe.

Justement, en 2016, l’équipe de France a été éliminée aux portes des demi-finales au Championnat d’Europe, puis battue en finale des Jeux par le Danemark… Quel bilan tirez-vous de cette année ? Y a-t-il de la revanche dans l’air ?
DD
: Le Championnat d’Europe a été abordé avec six joueurs cadres blessés et nous étions quand même sur le point d’entrer dans le dernier carré. Nous avons raté un match et terminé cinquièmes.
GG : C’était une compétition particulière, avec beaucoup de blessés, de nouveaux joueurs à intégrer. Donc un résultat qui est aussi à relativiser.
DD : L’équipe a été remobilisée pour les Jeux Olympiques, elle a fait les sacrifices nécessaires pendant la préparation et pendant la compétition. Du 23 juin au 25 août, il y a eu énormément de sacrifices qui ont été faits. Jouer une finale olympique, ce n’est pas tous les jours que cela arrive. Il y a douze équipes qui se battent pour y arriver. Les JO ont été l’échec d’un match, mais ça ne remet pas en question tout ce qui a été fait pendant deux mois. Médaille d’argent au Jeux, c’est quelque chose de très gratifiant et il y a des équipes qui rêveraient d’avoir un jour ne serait-ce que le bronze. L’équipe de France a accédé pour la troisième fois consécutive à la finale olympique, je ne pense pas que ce soit un résultat négatif.
GG : C’est un groupe qui, depuis des années, a fait des choses extraordinaires, qui est capable quasiment à chaque fois de se hisser parmi les meilleures nations du monde dans toutes les compétitions. Et la compétition olympique a été un succès. Être une troisième fois d’affilée en finale des Jeux, je ne vois pas du tout cela comme une contre performance. Que le groupe se sente un peu frustré de ne pas avoir remporter la médaille d’or, vu l’état d’esprit de cette équipe, c’est logique. Mais ce n’est pas un esprit de revanche. C’est être animé par l’envie de vivre une compétition de premier plan, en France, devant son public. C’est quand même cela qui est le plus important. Le reste… Revanche par rapport à qui ? Par rapport à quoi ? Les Français sont toujours champions du monde en titre.

Est-ce une chance de débuter votre collaboration à la maison ou, au contraire, est-ce que cela vous rajoute de la pression ?
GG
: De toutes les manières, que je débute en France ou à l’étranger, la pression  existe. Elle fait partie intégrante du métier d’entraîneur de haut niveau, comme du métier de joueur. Les attentes vis-à-vis de l’équipe de France sont toujours élevées et elles ne font qu’augmenter de compétition en compétition parce que, certainement, les médias et le public sont mal habitués par tous les succès. Et ils attendent de voir la prochaine victoire des Bleus. Or, on sait, quand on connaît le sport de haut niveau, la difficulté des exploits et la complexité de se retrouver sur la plus haute marche du podium. Les attentes, la pression, cela fait partie du job. A nous de gérer ces éléments-là.
DD : Je ne pense pas qu’il y ait de pression particulière sur nous. Je vais débuter ma cinquième compétition internationale. Guillaume est un ancien joueur de la maison, c’est quelqu’un qui connaît le fonctionnement de l’équipe de France, même s’il y a eu des améliorations au niveau technique. Mais c’est quelqu’un qui sait s’adapter et qui connaît aussi les besoins ou l’état d’esprit des joueurs à des moments clés. Ce qui fait que cela sera forcément un avantage de l’avoir pour le Championnat du monde.

Vous parliez des attentes du public, des médias ou des partenaires… Toutes ces sollicitations vont être bien plus élevées qu’en 2001. Comment vivez-vous ce changement radical de contexte ?
GG
: Est-ce que cela change vraiment la donne ? Ce qui est certain, c’est que le professionnalisme dans notre activité a véritablement franchi un cap ces dernières années et, à ce titre, on ne peut pas comparer l’engouement médiatique autour de l’équipe de France aujourd’hui et celui de 2001. L’opinion, les attentes, sont aussi différentes. En 2001, l’équipe de France avait remporté uniquement le Championnat du monde 1995 dans son histoire, et donc forcément, aujourd’hui, on se retrouve sur des environnements qui ne sont plus comparables.
DD : En 2001, la remise des récompenses avait été coupée, ce n’était vraiment pas une priorité à la télévision. Aujourd’hui, on se rend compte que le handball français, de par son palmarès, a su se hisser. C’est une équipe qui est aimée par son public, qui suscite énormément d’attentes. Donc, c’est énormément de pression.

En tant qu’entraîneurs, réalisez-vous l’impact que pourrait avoir votre parcours sur l’ensemble du hand français ou êtes-vous uniquement concentrés sur vos objectifs ?
DD
: Pour l’instant, nous sommes focalisés sur nos objectifs. Nous savons, forcément, que plus l’équipe de France brillera, mieux ce sera pour les licenciés, pour la reconnaissance, le développement et la croissance. Ayant pour objectif de vouloir mieux faire et que cela serve, je pense que si le résultat est concluant à l’arrivée, cela sera bénéfique pour tout le monde.
GG : Pouvoir disputer une compétition internationale sur son territoire, avec le palmarès actuel de l’équipe de France, j’ai envie de dire que c’est un rendez-vous majeur pour notre équipe, pour le handball et pour son public.

L’équipe de France a souvent battu le pays hôte dans de nombreuses compétitions. Est-il plus difficile de triompher sur son sol ?
GG
: L’histoire nous montre juste la difficulté qu’il y a de gagner chez soi. Si on veut résumer les choses, on se rend compte que gagner à la maison, c’est loin d’être évident. Beaucoup de pays ont essayé et n’ont pas forcément réussi. Nous sommes bien placés pour le savoir car nous avons souvent été ceux qui ont cassé le rêve des pays hôtes. Cela remet juste en perspective la difficulté qui nous attend et ce challenge à relever. Cela permet aussi de relativiser les attentes. Oui, de par son palmarès, cette équipe, on souhaite la voir tout en haut. Mais ce qui est sûr, c’est que le chemin pour y parvenir est un chemin tortueux, complexe. A nous de faire en sorte de gérer au mieux tous ces paramètres.