Jean-Luc Reichmann : “Grâce au public, la France joue à 8 contre 7

Jean-Luc Reichmannn

17 janvier 2017

Grand passionné de handball, Jean-Luc Reichmann est un témoin privilégié des succès de l’équipe de France, qu’il a la chance de suivre au plus près depuis 2008. L’animateur de TF1 nous livre ses impressions sur le début de tournoi des Bleus et revient sur ses meilleurs souvenirs de supporter.

Comment avez-vous trouvé l’équipe de France contre la Norvège ?
Solide, tout simplement. Nikola Karabatic a vraiment été le maître du jeu. Thierry Omeyer a démarré en mode diesel, mais après, il s’est envolé. Face à nous, il y avait à mon sens l’équipe la plus difficile du groupe A et nous avons montré une vraie osmose et une vraie envie de partage. C’est le plus important. Le ballon a circulé, il y avait de la joie de jouer. On sent que la mayonnaise est en train de prendre au sein de l’équipe. J’ai passé un peu de temps avec eux et j’ai pu voir qu’il y a de plus en plus de sourires entre les joueurs, ils commencent à être vraiment partenaires.

Certains joueurs de cet effectif se connaissent depuis longtemps…
Oui, mais à chaque fois, à chaque compétition, il faut recréer le groupe. Il y a des nouveaux, certains qui ont évolué en un an, en fonction du club dans lequel ils jouent. Donc il faut à chaque fois rebâtir, c’est ce que sont en train de faire les Bleus. Contre la Norvège, ils ont tous été solidaires. Tout le monde avait un peu peur après la blessure de Luka Karabatic, qui est un maillon fort, mais ce troisième match a été très rassurant. Nous sommes forts en défense et nous arrivons à créer des surprises en attaque.

Un joueur vous a-t-il bluffé plus que les autres ?
Luc Abalo a été très bon, notamment en première période où il met deux buts vraiment magnifiques. J’ai retrouvé “Lucho” dans toute sa splendeur. Nikola Karabatic aussi, bien sûr. Thierry Omeyer a lui aussi fait des choses merveilleuses, comme cet incroyable arrêt du pied en début de deuxième période. Il ne faut pas oublier que le gardien peut être le baromètre de l’équipe. Un dernier rempart très fort, comme l’ont été nos gardiens depuis le début de la compétition, peut changer la donne d’un match.

Du coup, êtes-vous plutôt confiant pour la suite ?
Je ne suis jamais confiant, mais je suis rassuré. Il faut toujours rester aux aguets, c’est très important.

Plus globalement, depuis le début du Championnat du monde 2017, quelles sont les équipes qui vous ont impressionné ?
L’Allemagne ! Je crois qu’on pourrait l’affronter en demi-finale, comme à Rio et cette équipe fait peur, c’est clair et net. Néanmoins, ce que je vois depuis le début de la compétition, c’est que les Bleus jouent à 8 contre 7, grâce à l’apport du public français. J’ai assisté à tous les matchs dans les tribunes et quand vous voyez cet engouement, ça fait vraiment plaisir. A Nantes, tous les matchs sont pleins, c’est merveilleux. Depuis le début de ce Championnat du monde en France, le public est là, il défend son équipe, mais il encourage aussi les autres.

Est-ce le signe d’un vrai engouement autour du handball en France selon vous ?
Oui, je pense qu’en ce moment, les gens ont besoin de bonnes vibrations, de bonnes ondes. Et l’équipe de France de handball est vecteur de tout cela. Je suis rentré à Paris après le match contre la Norvège, malgré la neige et le verglas, je tenais à être là pour partager avec les supporters des Bleus. Je suis un tout petit maillon au milieu de tout ça, mais si je peux apporter mes propres ondes positives, j’en suis le premier ravi.

Jean-Luc Reichmann

Vous avez, en plus, le privilège de suivre les Bleus au plus près…
J’ai suivi cette équipe de France à Pékin pour les JO en 2008, puis en Croatie, en Suède, en Espagne pour les compétitions suivantes. Donc je ne pouvais pas rater le Championnat du monde 2017 en France. Je suis dans l’ombre, bien évidemment, et je me régale à être un spectateur assidu.

Quand et comment est née votre passion du handball ?
J’ai joué au handball avec l’association sportive de l’école Saint-Joseph à Toulouse quand j’avais 14 ou 15 ans. J’ai eu l’opportunité de rencontrer Claude Onesta, qui habitait près de chez mes parents dans la banlieue toulousaine et nous avons sympathisé. Il a une faconde extraordinaire, il nous fait vibrer dès qu’il parle. Il est aussi celui qui met le doigt sur ce qui ne va pas quand tout a l’air d’aller très bien. C’est un moteur dans l’histoire de cette équipe de France, parce que sans ce souci permanent de remise en question, on s’endort sur ses lauriers. Il a transmis ça à ses joueurs. La puissance de Thierry Omeyer, c’est ça. “Titi”, il a 40 ans, il a tout gagné et il se remet sans cesse en question. Avec Titi, nous sommes nés le même jour (un 2 novembre, ndlr), nous sommes Scorpion tous les deux, donc pugnaces et insupportables tous les deux, mais nous nous entendons super bien (rires).

Quel est votre meilleur souvenir de handball ?
J’en ai deux. D’abord la finale olympique à Pékin, en 2008. J’étais dans les tribunes, j’avais réussi à faire passer une trompette, alors que c’était interdit, j’avais aussi passé une baguette et un béret. Comme c’était le dernier jour, la toute dernière finale des Jeux Olympiques, tous les athlètes français étaient réunis dans les tribunes pour soutenir les Bleus. On s’envoyait des slogans, c’était une histoire de fous. Et mon souvenir le plus émouvant, c’est un peu le contraire, c’était à Zagreb, pour la finale du Championnat du monde 2009 face à la Croatie. Il y avait 15 000 personnes dans la salle, du rouge et du blanc partout dans les tribunes et nous n’étions que dix supporters français. Nous nous sentions vraiment seuls et tout petits au milieu de cette foule. Nous osions à peine encourager les Bleus, les Croates avaient presque pitié de nous. Ç’a été un match très serré et dans les dix dernières minutes, ça a basculé de notre côté et nous avons gagné. Après le match, nous, les dix supporters français, avons été portés en triomphe, c’était magique ! Ces moments resteront gravés à tout jamais.

Photo : Julian Schlosser/DPPI