Jérôme Fernandez : “Je trouve la France sereine”

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28 janvier 2017

Ambassadeur du Championnat du monde masculin de handball 2017, Jérôme Fernandez, quadruple champion du monde avec l’équipe de France, analyse pour nous la finale France-Norvège (17h30, en direct sur beIN SPORTS 1 et TF1 à 17h30).

Pour vous, est-ce une finale surprise ?
Depuis que les Allemands se sont fait sortir, c’est la finale que j’attendais, parce que je trouvais que les Norvégiens avaient fait une bonne entame de Championnat du monde, ils avaient notamment posé pas mal de problèmes à l’équipe de France en poule, je les sentais capables d’arriver en finale, même si, au départ, on pensait plutôt voir le Danemark et l’Allemagne.

Que pensez-vous de cette équipe norvégienne ?
C’est une équipe bien équilibrée, qui a une grosse puissance de shoot de loin, un point d’ancrage à l’intérieur avec Myrhol qui est un pivot très efficace – on l’a vu en demi-finale contre les Croates- et des ailiers également efficaces. Ils sont très denses physiquement, ils ont vraiment défendu dur contre les Croates, et en attaque, ils sont efficaces aux quatre coins du terrain. Une des clés du match pour eux sera la performance de leur gardien Bergerud : s’il est au niveau de ce qu’il a montré face aux Croates, ça va compliquer les choses pour les Français.

La France a gagné le match de poule 31-28 à Nantes, est-ce un avantage psychologique ?
Non. Les Norvégiens ont déjà fait leur boulot en étant en finale, ils vont rentrer sur le terrain sans aucune pression sur les épaules car ils ont d’ores et déjà réussi leur Championnat du monde. Ils ne sont pas favoris, certes, mais la pression est davantage sur les Français. Les Norvégiens connaissent très bien les Français, ils les ont joués un paquet de fois ces derniers temps, donc je m’attends à un match équilibré.

Comment jugez-vous l’équipe de France ?
Je la trouve très bien en place, sereine. Elle a déjoué tous les pièges qui se sont dressés sur son chemin. Tout le monde attendait les Bleus en finale, ils ont montré qu’ils étaient la meilleure équipe du moment, reste à finir le travail devant plus de 15 000 personnes à l’AccorHotels Arena. Je pense que le fait d’avoir perdu la finale il y a six mois à Rio va donner un supplément d’âme à l’équipe.

Quelles sont ses forces ?
L’équipe se repose sur son collectif, pas uniquement sur ses individualités. A chaque fois qu’un joueur entre sur le terrain, il apporte quelque chose, il y a aussi une belle complémentarité au niveau des gardiens de but, à chaque fois qu’il y a un qui est défaillant, l’autre prend bien le relais, et la défense est bien en place. Physiquement, ils sont prêts à en découdre pour la finale, puisqu’ils ont pas mal tourner l’effectif, je trouve que le coaching a été judicieux. Je dirais donc cette équipe de France est largement favorite.

Vous avez joué une finale ici-même, à l’AccorHotels Arena, en 2001, comment aborde-t-on un tel match devant son public ?
Il y a du trac, c’est sûr, on a envie de bien faire devant son public. Mais en 2001, la situation était vraiment différente, parce que nous n’étions pas favoris, nous étions un peu dans la position des Norvégiens dimanche, avec aucune pression de perdre. Au contraire, ce n’était que du positif, ce qui nous  a permis de tenter plein de choses qui ont réussi et nous ont permis de surprendre les Suédois. Nous étions relativement détendus par rapport au résultat : si on perdait, on perdait contre la meilleure équipe du moment et personne ne nous en aurait voulu, si on gagnait, on était des héros. Là, les rôles sont inversés, les Français sont archi-favoris, ils ont l’expérience, le palmarès.

Le public sera-t-il un élément important de cette finale ?
Oui, l’ambiance va compter, comme depuis le début : dans les moments difficiles, le public a énormément aidé l’’équipe de France à se sublimer et à se sortir des pièges dressés sur sa route. Je pense que le facteur public va être déterminant sur l’issue de cette finale.

Et quelle sera la clé du match pour les Bleus ?
Il va falloir déjà que la défense soit capable de gêner leurs tireurs extérieurs, parce que leurs arrières sont très puissants et capables de marquer des buts de loin, il faudra aussi couper la relation avec leur pivot à l’intérieur. Si vraiment la France arrive à limiter la casse dans ce secteur, elle encaissera moins de buts que lors du match de poule et aura une véritable chance de l’emporter. L’autre clé sera l’efficacité offensive, il ne faudra pas mettre leur gardien « en chaleur », parce que c’est le risque de s’exposer à des contres rapides.