Le handball en 5 leçons : Leçon n°5, l’histoire de l’équipe de France

L'équipe de France championne d'Europe en 2010

10 janvier 2017

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Jusqu’au coup d’envoi du Championnat du monde 2017, nous vous proposons de réviser vos leçons de handball. Cette cinquième leçon est consacrée à l’histoire de l’équipe de France, racontée par Daniel Costantini, ancien sélectionneur national champion du monde en 2001 à domicile.

A l’origine considéré comme une nation mineure du handball masculin, la France est devenue la référence absolue avec l’incroyable série de succès des Experts. Une transformation qui s’est produite en très peu de temps, au tournant du XXIe siècle.

Avant les années 1980, aucun titre mais beaucoup de pratiquants

Si la France participe au deuxième Championnat du monde à sept en 1954, elle termine la compétition à la dernière place. Un résultat qui illustre le statut qui va accompagner les Bleus pendant plus de trente ans. La France est-elle alors une petite nation du handball ? Daniel Costantini, sélectionneur de l’équipe de France entre 1985 et 2001, apporte une réponse nuancée : « Depuis le milieu des années 1950, il n’y avait jamais eu de véritable résultat probant en équipe nationale, mais nous étions tout de même un pays qui s’était beaucoup engagé dans la pratique de ce sport, notamment en termes de nombre de pratiquants. Nous étions considérés comme une nation respectable, plus pour la qualité de nos dirigeants et de nos entraîneurs, de véritables penseurs du handball, que pour les résultats de l’équipe de France, qui n’étaient pas bon. »

« Il y avait une raison simple à ce manque de résultats : les handballeurs français ne s’entraînaient pas assez, poursuit Daniel Costantini. Dans les années 1970, les joueurs de l’équipe de France pratiquaient en tout et pout tout 250 à 300 heures de handball par an, alors que les meilleurs adversaires avaient dépassé la barre des 1000 heures d’entraînement. Le paradoxe, c’est qu’à toutes les époques, nous avons eu des joueurs de niveau mondial, par exemple Maurice Chastanier (53 sélections entre 1952 et 1964, ndlr) ou le gardien de but Jean Férignac (101 sélections entre 1957 et 1970, ndlr), mais comme ils ne s’entraînaient pas assez, rien n’était possible… »

Années 1980, les Bleus (re)touchent le fond

Lorsque Daniel Costantini est nommé sélectionneur de l’équipe de France, en 1985, la situation est même devenue critique. « C’était un moment difficile, confirme l’intéressé puisque la France venait de descendre dans le groupe C, et ce n’était pas la première fois. A l’époque, il y avait un Championnat du monde “A” pour les très bons, un “B” pour les moyens et un “C” pour les “cancres”. Lorsque je suis arrivé, on venait de redescendre dans cette catégorie peu enviable. On jouait contre la Turquie, le Luxembourg, la Grande-Bretagne… Nous disputons ce Mondial C en février 1986 au Portugal, et réussissons à le gagner aux forceps, en battant les Pays-Bas en finale. Nous remontons dans le groupe B, déjà plus relevé, et nous finissons 8e du Mondial B en 1987 en Italie. »

« Nous n’accédons donc pas au “vrai” Championnat du monde, mais il y a eu un déclic au niveau des dirigeants à ce moment-là. Le Président Jean-Pierre Lacoux, un ancien joueur et technicien, m’a chargé d’établir un plan de développement de l’équipe nationale, avec l’idée de passer de 300 heures d’entraînement à 600, puis à 900 heures. L’objectif, c’était de se qualifier soit pour les Jeux Olympiques de 1992 à Barcelone, soit pour ceux de 1996 à Atlanta. Et ce plan consistait à professionnaliser une vingtaine de joueurs de l’équipe de France, pour parvenir, petit à petit, à les faire s’entraîner deux fois par jour. »

Années 1990, les “Barjots” prennent le pouvoir

« Lorsqu’on a présenté ce plan aux joueurs de l’équipe de France, les anciens n’ont pas suivi, poursuit Daniel Costantini. Nous sommes donc partis avec les jeunes, des joueurs qui venaient de passer la vingtaine. Plus tard, on les a appelés les “Barjots”, mais c’était déjà justifié à l’époque, parce qu’il fallait être un peu fou pour accepter un tel challenge. Ils avaient cette folie en eux, et cette volonté de développer leurs capacités, sans être sûr de rien au départ. Mais cela a payé assez vite. En 1989, le Mondial B est organisé en France, et nous en profitons pour nous qualifier pour le Championnat du monde 1990, où nous nous qualifions pour les Jeux de Barcelone. C’est le début de notre histoire… Au départ, l’objectif c’était de participer régulièrement aux J.O., mais le fait d’aller chercher une médaille de bronze à Barcelone, dans un tournoi si sélectif, a changé les perspectives, même au niveau des clubs, qui ont commencé à se professionnaliser, à offrir des contrats aux meilleurs joueurs français. »

La France s’installe alors dans le cercle des meilleures nations, et décroche un premier trophée en remportant le Championnat du monde 1995 en Islande. « Après le titre de 1995, certains des meilleurs joueurs français sont aussi allés jouer en Allemagne, dans le meilleur championnat, et ont donc encore progressé. Tout cela a validé notre stratégie, et à partir de là, nous sommes restés relativement constants au très haut niveau, même s’il y a eu des hauts et des bas. C’était très bien en 1995, moins bien en 1996 (7e à l’Euro et 4e aux Jeux Olympiques), c’est redevenu bien en 1997 (3e au Championnat du monde), avant de redescendre en 1998 (7e à l’Euro), et de finalement atteindre le sommet en 2001. C’était la caractéristique de l’équipe de France de l’époque, contrairement à celle d’aujourd’hui… »

Années 2000, les Experts repoussent les limites

En 2001, l’équipe de France remporte donc, à domicile, son 2e titre de championne du monde. S’il annonce la fin d’un cycle (avec notamment le départ de Daniel Costantini après le tournoi, remplacé par Claude Onesta), ce sacre amorce aussi une nouvelle période dorée pour les Bleus. « C’était une équipe mixte avec beaucoup de grands anciens et quelques jeunes ultra-talentueux, Jérôme Fernandez, Daniel Narcisse, Thierry Omeyer, les frères Gille, énumère Daniel Costantini. Donc a priori, l’avenir immédiat de l’équipe de France était assuré, mais il a fallu un moment pour que Claude Onesta arrive vraiment à mettre en application sa méthode, qui est différente de la mienne. J’étais un coach plutôt directif, lui plutôt collaboratif. Comme moi, il a appris le métier pendant les premières années, puis a commencé à gagner en 2006, avec l’arrivée d’une nouvelle génération exceptionnelle, les Nikola Karabatic, Luc Abalo, Michaël Guigou. Et depuis, c’est extraordinaire. »

Les chiffres sont en effet faramineux. Depuis 2006, la France a remporté huit titres sur quatorze possibles : trois Championnats du monde (2009, 2011 et 2015), trois Championnats d’Europe (2006, 2010, 2014) et deux médailles d’or olympiques (2008 et 2012). Et à en croire Daniel Costantini, cela pourrait bien continuer. « Aujourd’hui, en 2017, on a encore deux joueurs qui étaient là en 2001 (Omeyer et Narcisse), et qui sont toujours importants, note l’ancien sélectionneur, mais l’essentiel est de bien entamer cette nouvelle aventure qui débute, avec un nouveau duo de sélectionneurs, Didier Dinart et Guillaume Gille. Quand on voit le niveau des jeunes joueurs de l’équipe de France et leur potentiel, on se dit qu’ils ont tout pour prendre les rênes de l’équipe. Et avec Nikola Karabatic, la France a le joueur idéal pour transmettre ce glorieux passé des Bleus, et assurer la pérennité de cette tradition. Pour le moment, il est tout simplement indispensable à l’équipe de France. »